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N. Boffi : « Le Mipim 2026 n’est pas un salon “en modèle réduit”, c’est un salon qui déploie les ailes »
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À deux mois de l’ouverture du Mipim 2026, organisé du 9 au 13 mars à Cannes, Nicolas Boffi, nouveau directeur général de l’événement, revendique un virage très concret : un « Destination France » pensé comme un parapluie de visibilité, une tente du Grand Paris reconfigurée pour privilégier le networking, un Forum des territoires élargi aux acteurs privés et un Sommet Data Center pour approfondir une classe d’actifs devenue centrale.
<p><strong>Nicolas Boffi, vous êtes le nouveau directeur général du Mipim. À deux mois de l’ouverture, quel cap vous fixez-vous pour l’édition 2026 ?</strong></p>
<p>Je suis devenu directeur général du Mipim au mois de septembre. Je considère cette phase comme un moment particulièrement propice. D’abord parce que les cycles immobiliers et urbains dépassent très souvent les cycles politiques. Les mandats changent, mais les projets continuent, et le Mipim reste un lieu où l’on peut prendre le pouls du marché mondial.</p>
<p>2026 est aussi une année d’élections en France. Le Mipim se tient la semaine qui précède le premier tour : certains exposants publics ont-ils renoncé ?<br />
Non, pas réellement. Il faut distinguer la représentation politique locale – qui sera sans doute moins forte – et la représentation des acteurs publics, qui ont confirmé leur présence, notamment sous la tente du Grand Paris. Nous pouvons également compter sur la présence de parlementaires ou de membres du gouvernement.</p>
<p><strong>Vous mettez en avant une nouveauté : « Destination France ». De quoi s’agit-il, concrètement ?</strong></p>
<p>La marque Destination France a pour but de valoriser la présence française de façon plus lisible sur place, en offrant un cadre commun de visibilité, de networking et de promotion à tous les acteurs qui contribuent à son attractivité sur la scène internationale.</p>
<div class="wp-caption aligncenter" id="attachment_235485" style="width: 551px;"><a href="https://www.lejournaldugrandparis.fr/wp-content/uploads/2026/01/p6Mipim.jpg"><img alt="" class=" wp-image-235485" height="361" src="https://www.lejournaldugrandparis.fr/wp-content/uploads/2026/01/p6Mipim.jpg" width="541" /></a><p class="wp-caption-text" id="caption-attachment-235485">Nicolas Boffi, directeur général du Mipim.© Jgp</p></div>
<p>C’est, au fond, la formalisation de quelque chose qui existait, mais qui était moins organisé. On l’oublie parfois, parce que, lorsqu’on vit un Mipim, on a tendance à venir voir ses pairs : des acteurs français, des partenaires français. Mais le Mipim est d’abord un lieu de compétition mondiale pour les capitaux. Et nous avons voulu mettre en avant une idée simple : la France accueille le monde à Cannes depuis trente-cinq ans… et, paradoxalement, elle était parfois moins structurée que d’autres pays pour se présenter au Mipim.</p>
<p><strong>Quelles initiatives, précisément ?</strong></p>
<p>Il y a d’abord une grande conférence de presse France, le mardi 10 mars à 17 heures. Ce sera la deuxième édition. L’idée est de concentrer les annonces les plus importantes, parce que les journalistes et les acteurs sont parfois perdus : beaucoup d’annonces au même moment, à différents endroits. Il s’agira d’un temps fort du Mipim, avec les projets les plus impactants présentés sur scène et dévoilés en exclusivité, en un même lieu et au même moment.</p>
<p><strong>Comment sélectionnez-vous ces projets ?</strong></p>
<p>Il y a une phase de candidature, ouverte jusqu’à la fin du mois de janvier. L’objectif sera de dévoiler des projets français inédits, des visuels nouveaux, des annonces exclusives, des initiatives dont on n’a pas encore entendu parler.</p>
<p><strong>La tente du Grand Paris s’inscrit désormais dans « Destination France ». Qu’est-ce que cela change ?</strong></p>
<p>Deux choses. D’abord, nous voulons plus de mixité public-privé, parce que la ville se fabrique avec les deux. Ensuite, nous avons changé le format. Avec nos partenaires, nous avons interrogé les acteurs : le modèle « défilé de stands », très linéaire, apparaissait dépassé. Ce que les gens viennent chercher au Mipim, ce sont des espaces de networking, plutôt haut de gamme, et des rendez-vous qualifiés. La tente peut paraître plus petite, mais c’est un effet d’aménagement : nous avons reconfiguré l’espace pour donner plus de place aux rendez-vous, à la qualité des échanges et au retour sur investissement.</p>
<p><strong>Il y a aussi un changement d’organisation : ce n’est plus Choose Paris Region qui orchestre la tente ?</strong></p>
<p>Choose Paris Region n’a plus souhaité organiser la tente du Grand Paris. Ils restent présents, mais en tant qu’exposants. De notre côté, nous avons repris en direct la conception, l’aménagement, la coordination et la ligne éditoriale. Nous l’avions déjà fait sur d’autres destinations – Londres, notamment. C’est l’opportunité de proposer un nouveau format.</p>
<p><strong>Dans le programme, vous annoncez un « Forum des territoires », là où l’on parlait auparavant d’un « Forum des élus ». C’est un changement politique ?</strong></p>
<p>C’est surtout un changement de périmètre. Le nom dit quelque chose : nous voulons mettre en avant tous les acteurs qui font la ville. Et le fil conducteur, cette année, sera davantage l’apprentissage mondial : comment une métropole apprend d’une autre, et comment la France peut aussi être un exemple. Nous allons échanger autour d’une thématique : les partenariats public-privé, à travers un concept qui vient du monde anglo-saxon, le « placemaking ».</p>
<p><strong>Qu’est-ce que vous mettez derrière ce terme de « placemaking » ?</strong></p>
<p>C’est une manière de concevoir l’espace public au croisement de l’intérêt général et d’une logique économique assumée. Comment concevoir des espaces publics entre acteurs publics et privés, au bénéfice de tous ? En France, ce n’est pas totalement nouveau : depuis dix ou quinze ans, les aménageurs concertent davantage les promoteurs en amont, les dispositifs évoluent, les frontières se déplacent. Mais le « placemaking » donne un cadre pour raconter ces hybridations, montrer des cas internationaux – États-Unis, Londres – et aussi des exemples français.</p>
<p><strong>Autre « grande annonce » : le lancement d’un Sommet data center. Pourquoi maintenant ?</strong></p>
<p>Parce que, depuis deux ou trois ans, les data centers étaient sur toutes les lèvres au Mipim… Au début, c’était une niche ; aujourd’hui, c’est une classe d’actifs devenue principale. Il fallait donc créer un sommet. Les data centers sont des infrastructures de la ville. Ils impactent le développement urbain, préoccupent les élus et captent une allocation de capitaux considérable. Et, au passage, des promoteurs traditionnels se mettent eux-mêmes à en construire, parfois comme valeur refuge lorsque d’autres classes d’actifs traversent une période plus difficile.</p>
<p><strong>Comment ce Sommet data center va-t-il se matérialiser pendant la semaine ?</strong></p>
<p>Le sommet se déclinera en plusieurs temps forts : une session de deux heures le mardi après-midi sur l’« asset class stage », la scène dédiée aux classes d’actifs, et une session de trois heures le jeudi à la Gare Maritime. Ces deux sessions comprendront des présentations de haut niveau et des moments d’échange entre participants, y compris un espace dédié à la France sur chacune d’elles. La Gare Maritime n’est pas dans l’enceinte directe du Palais : c’est aussi une volonté de s’intégrer davantage dans la ville de Cannes. Il y aura des acteurs internationaux : opérateurs, investisseurs, Gafam, mais aussi fournisseurs d’énergie – parce que c’est évidemment un sujet central –, pouvoirs publics, et de nombreux espaces de networking. Au-delà des tables France permettant un dialogue en français sur les enjeux, une conférence dédiée aux data centers sera organisée au sein de la tente du Grand Paris le mercredi matin.</p>
<p><strong>Le troisième pilier que vous associez à « Destination France », c’est l’hospitality. Pourquoi ce choix ?</strong></p>
<p>Nous avons déjà, depuis 2025, un pavillon « Hospitality » – HTL Connection, pour Hospitality, Tourism, Leisure – situé à l’entrée. Et nous voulons accentuer un message : l’hospitality n’est plus seulement l’hôtellerie « pure ». C’est « l’hôtellerie partout » : les codes de l’hôtellerie dans les bureaux, dans le résidentiel, via la multiplication des services. On parle d’immobilier opéré, de valeur d’usage, et c’est une préoccupation forte des investisseurs. La France est évidemment une grande destination mondiale. Le stock de conversion et de montée en gamme n’est pas terminé ; il existe des pipelines importants et une diversification vers les « branded residences », ces résidences qui bénéficient de services hôteliers – conciergerie, services, etc. C’est souvent haut de gamme, très développé aux États-Unis, en cours d’émergence en Europe, et nous voulons le montrer.</p>
<p><strong>Certains disent pourtant que cette édition du Mipim sera « en modèle réduit ». Vous dites l’inverse ?</strong></p>
<p>Oui. C’est exactement l’inverse : on déploie les ailes. Dans les cycles immobiliers, certaines classes d’actifs vont moins bien et d’autres les remplacent. C’est aussi l’esprit de notre keynote speaker, Philippe Aghion, prix Nobel d’économie, qui a beaucoup travaillé sur la « destruction créatrice ». Le monde change, certaines choses disparaissent, d’autres se créent. Le Mipim doit être le lieu où l’on suit ces tendances – et où l’on contribue à en faire émerger de nouvelles.</p>
<p><strong>Le climat, le « green », l’ESG : est-ce encore un thème structurant, ou est-ce devenu un décor ?</strong></p>
<p>C’est toujours structurant, mais la discussion a évolué. Il y a une scène de conférences dédiée, « Road to Zero ». Mais surtout, le développement durable n’est plus « la cerise sur le gâteau » : c’est devenu un prérequis. Et l’inverse est vrai : les actifs insuffisamment « verts » subissent davantage la décote.</p>
<p><strong>Justement, la transformation de bureaux en logements monte en puissance. Le Mipim va-t-il en faire un sujet central ?</strong></p>
<p>Plus que jamais. Et c’est un bon exemple d’apprentissage international. En France, on parle de ce sujet depuis longtemps, c’est complexe. Les volumes restent faibles : l’an dernier, on parle de 800 ou 900 logements convertis – ce n’est ni industriel ni de nature à changer immédiatement la crise du logement. À New York, par exemple, l’ancienne mandature a mis en place une incitation fiscale exceptionnellement généreuse, pouvant aller jusqu’à environ 90 % d’abattement de taxe foncière sur plusieurs décennies pour certaines conversions, ce qui a déclenché un pipeline très important de reconversions de bureaux en logements, de l’ordre de 1,5 à 2 millions de m² selon les estimations, notamment à Midtown. Ce n’est pas transposable tel quel, mais c’est précisément le type de comparaison utile. Aux États-Unis, ce sont des incitations fiscales ; en France, on agit plutôt par la levée de freins réglementaires. Au-delà de la transformation des bureaux en logements, notre Sommet « Housing Matters ! », qui a réuni plus de 1 000 personnes l’an dernier, vise à mettre en avant les solutions possibles pour résoudre la crise du logement. Là aussi, nous proposons un temps d’échange en français, dans le cadre du workshop Housing Reboot.</p>
<p><strong>Au-delà des thèmes, vous annoncez aussi des nouveautés « services » : qu’est-ce qui va changer dans l’expérience Mipim ?</strong></p>
<p>Nous voulons rendre plus de services à ceux qui viennent : davantage d’espaces de networking, une application pour aider les gens à se retrouver, et une présence plus visible dans la ville de Cannes, en investissant davantage les hôtels, certains lieux mythiques et des espaces publics. Cannes n’est pas juste un décor : c’est une ville qui a des infrastructures, une capacité d’accueil et une histoire. À moyen terme, nous voulons aller un peu au-delà des frontières du Palais.</p>
<p><strong>Vous évoquez enfin l’évolution des investisseurs : qu’observez-vous ?</strong></p>
<p>Deux évolutions. D’abord, une transformation des profils, avec la montée en puissance du private equity et des family offices. Nous allons leur dédier un forum, le RE-Family, organisé dans la ville de Cannes. À côté, nous avons déjà un format à huis clos, Re-invest, également dans la ville de Cannes, qui réunit une cinquantaine de grands investisseurs institutionnels internationaux – fonds de pension, fonds souverains – pour discuter de leurs stratégies d’investissement. Ces investisseurs seront plus nombreux qu’en 2025, qui était déjà une année record depuis la pandémie. Ensuite, les préoccupations suivent les grandes tendances : nouvelles classes d’actifs, attractivité des territoires, réalités géographiques. On observe un fort intérêt pour le marché immobilier espagnol en 2025, l’un des plus dynamiques d’Europe, avec des projections d’augmentation des investissements immobiliers de plus de 30 % par rapport à 2024 selon plusieurs études, ce qui en fait une locomotive du secteur cette année. À côté, la France, l’Allemagne et l’Angleterre disposent de marchés profonds et liquides, mais à la croissance plus atone. D’autres pays font face à des enjeux différents : industrie, défense, infrastructures, dans un contexte géopolitique plus complexe.</p>
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